à propos de l'exposition collective d'été au Manoir


Centre d’art et de villégiature, Mouthier Haute-Pierre


Au rez-de-chaussée comme à l’étage, Hélène Latte a accroché ses toiles aux fonds monochromes sur lesquelles viennent s’agencer et se superposer, signes graphiques (lignes droites, brisées, cercles) aux teintes vives voire fluorescentes et surfaces traitées en aplats mais non exemptes de sensations volumétriques et texturées.


Ce qui frappe au premier regard, c’est cette alliance entre une composition très structurée (qui évoque par certains côtés les Prouns des années 20 d’

El Lissitzky) et la légèreté, comme la délicatesse, de ce qui nous apparaît comme des notations, des ponctuations, voire des captations sur la surface de la toile.


À la manière d’un collage dont on aurait longuement éprouvé avant que de la fixer, la densité colorée d’un fragment ou l’ajustement plus libre d’une forme, la peinture d’Hélène Latte, tout en glissements semble chercher à nous donner une dernière image possible d’un monde suspendu et encore pleinement ouvert pour le spectateur.


Des teintes mesurées et subtiles se détachent parfois juste du fond. Puis s’esquivent pour laisser place à des éléments en grisaille et en dégradé (on pense à un fragment pris chez Kasimir Malevitch ou Fernand Léger) eux-mêmes ravivés par de petits pans de peinture qui jouent librement avec les traces de coulures ou les gestes du pinceau.


De toute part, des moments de virtualité affirmée (fenêtres et caches associés aux images et aux manipulations informatiques) se mesurent à la matérialité pleine et exploratoire de la peinture.


Et si la densité et la richesse visuelle sont convoquées, elles le sont avant tout au travers d’une série de gestes minutieusement choisis, capables à la fois de déclencher une extrême attention comme de nous laisser emporter dans un délicat abandon.




Pierre-Yves Magerand
juillet 2023